Réduire la dépense publique en France : pourquoi c’est si difficile ?l'édito de Karl-Alexandre Pinot
- L'Alliance

- 28 oct. 2025
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C’est un refrain que tout gouvernement fredonne avant de s’y casser les dents : réduire la dépense publique. En France, elle dépasse encore 57 % du PIB, l’un des niveaux les plus élevés d’Europe, pour un déficit proche de 6 % et une dette de plus de 110 %. Autrement dit, l’État vit au-dessus de ses moyens depuis des décennies. Mais réduire ce train de vie n’a rien d’un simple exercice comptable : c’est un acte politique risqué et, souvent, socialement explosif.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les retraites absorbent à elles seules près d’un quart de la dépense publique, et leur poids ne cesse de croître avec le vieillissement de la population. La santé, portée par l’hôpital et la dépendance, représente un autre quart, en hausse constante. À cela s’ajoute la charge de la dette, qui remonte avec la fin des taux bas : chaque hausse d’un point d’intérêt pèse plusieurs milliards sur le budget. Et l’État n’est pas seul : collectivités locales et Sécurité sociale ajoutent leurs propres déficits, si bien que toute réforme budgétaire se heurte à un millefeuille institutionnel.
Pourtant, les marges de manœuvre se rétrécissent. L’Union européenne exige désormais des trajectoires de dépense maîtrisées, contraignant Paris à ralentir sa progression sans couper brutalement dans les services publics. Le gouvernement gèle des crédits, promet des économies « ciblées », mais personne ne sait vraiment où. Car toucher à la dépense, c’est toucher à des droits : prestations sociales, salaires de fonctionnaires, subventions, hôpitaux, écoles. Chaque ligne budgétaire correspond à un électorat.
Les solutions existent, mais elles exigent du courage et de la continuité : réorganiser plutôt que sabrer, moderniser la fonction publique, investir dans ce qui réduit les coûts à long terme : énergie, numérique, prévention santé. Bref, passer d’un État distributeur à un État stratège.
Le problème français n’est pas seulement de dépenser trop, c’est de dépenser partout et sans hiérarchie claire. Or tant que la politique évitera de dire où l’on coupe et pourquoi, chaque ministre continuera d’annoncer des économies pendant que la dette, elle, poursuivra sa croissance inexorable.
Par Karl-Alexandre Pinot
Président de l'Alliance




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